Télé connectée, reconnaissance vocale et données personnelles…

25-02-2015

Vous regardez tranquillement votre télé dans le salon. Mais peut être que de l’autre côté de l’écran on vous observe aussi… C’est en tout cas ce qui ressortirait d’une enquête sur les télévisions connectées.

Des téléviseurs digne de 1984 de Georges Orwell ?

   « Nous vous signalons que, si les mots que vous prononcez contiennent des informations privées ou confidentielles, ces informations feront partie des données transmises à un tiers lorsque vous utiliserez le service de reconnaissance vocale. »

Cette phrase, présente dans les conditions d’utilisation des téléviseurs connectés des marques Samsung et LG a été reprise et comparée par au roman de Georges Orwell, 1984, par Parker Higgins, militant de l’organisation de défense des libertés américaines EFF. Sans être une nouveauté, cette phrase a soudain déclenché un vent de panique… Nos télévisions nous espionneraient…

La reconnaissance vocale et l’enregistrement de données

Pour comprendre l’enjeu suscité par cette phrase, il faut comprendre comment fonctionnent les technologies liées à la reconnaissance vocale. Qu’il s’agisse d’un téléphone, d’une télévision ou d’un ordinateur, la reconnaissance vocale fonctionne, soit de façon « active » : dans ce cas, il faut appuyer sur un bouton indiquant à l’appareil qu’il doit écouter. Soit de façon « passive » : l’objet écoute par défaut tout ce qui se passe autour de lui et déclenche une action s’il reconnaît une commande préenregistrée.

Mais, lorsqu’il y a besoin de reconnaitre de nombreux mots-clés dans une commande vocale, la puissance de calcul du téléphone ou de la télévision ne suffit plus. Ces objets doivent se connecter, via internet, à des calculateurs dédiés qui analysent et renvoient l’action à effectuer. Il faut donc « transmettre des données à un tiers ». Ces données peuvent contenir des informations personnelles. Ces termes sont donc logiquement présents dans les conditions d’utilisations des appareils et Samsung rejette toutes les accusations émises contre ses téléviseurs.

Des conditions d’utilisations peu transparentes et pleines de jargon ?

En réaction, le Consumentenbond, l’équivalent néerlandais de l’UFC-Que choisir, a lancé une étude exhaustive sur les problèmes de vie privée posés par les téléviseurs connectés. Le tableau comparatif des conditions d’utilisation de ces appareils est sans appel. La quasi-totalité des constructeurs ont inclus des clauses extrêmement larges, peu claires, voire illégales en droit européen. Quant aux tiers pouvant avoir accès à ces données, là encore le flou est important.

Enfin, les analyses effectuées par le Consumentbond sur des modèles des cinq constructeurs montrent que ces derniers collectent de très nombreuses informations : des chaînes regardées au nom du film en cours de diffusion, aux recherches effectuées… L’agrégation de ces « métadonnées » sur l’activité d’un téléspectateur permet, en définitive, d’en savoir beaucoup sur lui, ses goûts, ses habitudes… Objectif : l’arrivée de spots publicitaires ciblés.

C’est aussi ce qu’avait détecté Jason Huntley en 2013 lorsqu’il a branché un outil d’analyse de trafic sur son téléviseur LG. L’appareil transmettait au fabricant une gigantesque quantité d’informations, jusqu’aux noms des fichiers présents sur les clés USB branchées dessus. A l’époque cela ne posait pas de problème pour LG puisque M.Huntley avait accepté les conditions d’utilisation de la télévision. Et l’an dernier, LG a forcé les utilisateurs de ses télévisions à accepter de nouvelles conditions d’utilisation avec des clauses très floues…

Alors, quel film ce soir ?

Sources :