Facebook censure un journal norvégien, puis se ravise

26-09-2016

Une du journal l'Aftenposten avec une lettre virulente pour Facebook

Le 9 Septembre 2016, le journal Norvégien «L’Aftenposten » publiait une « Une », dans laquelle son rédacteur en chef, Espen Egil Hansen accusait le dirigeant et fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg de censure.

En cause : le retrait d’une photographie historique de Nick Ut « la fillette au napalm », sur le réseau social.

Témoignage historique et nudité

Tout le monde connaît cette photo, intitulée « fillette au napalm » et prise par Nick Ut en pleine guerre du vietnam : Un groupe d’enfant court sur une route près de Trang Bang au nord de Saïgon, fuyant un bombardement au napalm. Au centre, une fillette court, nue, gravement brûlée. Photo qui vaudra un prix Pulitzer à son auteur et qui participera à la prise de conscience américaine contre cette guerre.

Tom Egeland, écrivain de polar norvégien, a partagé cette image ainsi que plusieurs autres sur Facebook. L’image est retirée par le réseau social et l’écrivain banni temporairement après avoir critiqué la décision de retirer cette image.

 Le journal L’Aftenposten publie à son tour cette image. La réponse du réseau social ne se fait pas attendre : « Le réseau social place des limites sur la nudité afin de limiter l’exposition des différentes personnes utilisant Facebook à du contenu sensible » et lui demande de «retirer ou pixeliser l’image ». Moins de 24 heures plus tard, la photo est supprimée du compte par Facebook.

Le 9 septembre 2016, la première ministre norvégienne, Erna Solberg souhaite les soutenir et publie elle aussi la photo sur son compte Facebook. Photo qui est aussitôt censurée.

Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook et 1er rédacteur en chef mondial ?

Espen Egil Hansen, rédacteur en chef de L’Aftenposten publie alors une Une virulente contre Facebook : « Je vous écris cette lettre pour vous avertir que je n’obéirai pas à votre demande de retrait, Pas aujourd’hui, ni dans le futur. Je pense que vous abusez de votre pouvoir et j’ai du mal à croire que vous y avez vraiment réfléchi. »

et poursuit : « Je suis fâché, déçu, et même effrayé de ce que vous êtes sur le point de faire subir à un pilier de notre société démocratique. (…) Les médias ont la responsabilité de réfléchir à ce qu’ils publient, au cas par cas. Cela peut être une lourde responsabilité. (…) Ce droit et ce devoir, que tous les journalistes du monde doivent exercer, ne devraient pas être sapés par un algorithme codé dans votre bureau californien. »

Pour la première ministre norvégienne, Erna Solberg :  « Ce que Facebook fait en supprimant des photos de ce type, aussi bonnes soient leurs intentions, c’est d’éditer notre histoire commune »,

Une politique de modération régulièrement pointée du doigt

Facebook a tenté de se défendre : « Si nous reconnaissons que cette photo est iconique, il est difficile de faire une distinction et d’autoriser la photo d’un enfant nu dans un cas et pas dans d’autres », avant de faire machine arrière. Un porte parole a ainsi indiqué : « Nous reconnaissons l’importance historique et mondiale de cette image (…) Nous avons décidé de rétablir l’image sur Facebook là où nous sommes au courant qu’elle avait été retirée ».

Ce n’est pas la première fois que la politique de modération des contenus sur Facebook est pointée du doigt. En France, un internaute français a vu son compte désactivé après avoir diffusé le tableau de Courbet : « L’origine du monde ».

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