Un ambassadeur pour les entreprises du numérique

20-02-2017

Illustration - ambassadeur numérique

Anders Samuelsen, ministre des affaires étrangères danois a imaginé un ambassadeur dédié à la diplomatie entre le Danemark et les grands acteurs du numérique. Facebook, Google, Airbnb ou Uber seraient des nations comme les autres ?

Les géants du numérique, de nouvelles nations ?

Les grandes plateformes du numérique évoluent dans un espace dépassant les frontières géographiques. Il n’est pas rare que de multiples tensions naissent entre leurs visions mercantiles, les législations des pays et les équilibres existants.

  • Ainsi, dans ses conditions générales d’utilisation (CGU), Facebook estimait ne devoir rendre des comptes que devant un tribunal californien avant que le tribunal de Grande Instance de Paris ne lui donne tort dans une affaire l’opposant à un utilisateur français du réseau social. L’entreprise fait actuellement appel de cette décision.
  • La plateforme Uber se considère comme une simple plateforme de mise en relation entre personnes qui recherchent un transport et travailleurs indépendants de voiture de transport avec chauffeur (VTC). Le Royaume Uni a condamné cette vision. La France a condamné Uber à 800 000€ d’amende pour activité illégale de taxi et l’Espagne a interdit la start-up pendant un an.
  • Enfin, de façon plus insidieuse, la manière dont ces grandes plateformes trient l’information pose question. Ainsi, en septembre 2016, Facebook censurait le journal Norvégien l’Aftenposten pour avoir publié la photographie historique de Nick Ut sur la guerre du Vietnam, « la fillette au Napalm ». Avant de faire machine arrière.

Les choix faits par les équipes dirigeantes de ces entreprises impactent directement les sociétés civiles et l’économie mondiale. Sans que ces dirigeants ne rendent des comptes par le biais d’élection.

Avoir un ambassadeur numérique donnerait trop d’importances aux multinationales ?

Anders Samuelsen, le ministre des affaires étrangères danois, reste relativement vague sur les missions de cet ambassadeur numérique et le fonctionnement de cette diplomatie.

Le fonctionnement d’un ambassadeur au XXIe siècle reste proche de celui qu’il était il y a deux siècles : représenter un pays et défendre ses intérêts, que ce soit auprès d’autres pays, d’organisation internationales ou de causes : changement climatique, terrorisme, etc..

Pour autant, cette idée d’un ambassadeur numérique pose certaines questions. D’une part, dans l’articulation entre cette diplomatie danoise et les dossiers européens en cours avec les géants du numérique (protection de la vie privée, remboursement d’aide d’Etat illégale par Apple, poursuite de Google pour abus de position dominante, etc.).

D’autre part, et plus philosophiquement, faut-il mettre au même niveau Etats, censés défendre les intérêts de leurs citoyens et les multinationales qui défendent les intérêts de leurs actionnaires ? Et pourquoi uniquement les entreprises du numérique ?

Enfin, cette action diplomatique n’est pas complètement désintéressée. Le Danemark veut continuer à signer des accords commerciaux avec ces multinationales. Apple vient par exemple de construire un immense data center à Viborg.

Protections des données, intelligence artificielle, lutte contre la désinformation… les sujets ne manquent pas

Les sujets de réflexion ne manquent pas : Big data, protection des données personnelles, notamment des données de santé, responsabilité des algorithmes lorsqu’un choix est fait, difficulté à détecter une entente illicite entre géants du ecommerce, intelligence artificielle et sa non neutralité, voitures autonomes et domotiques, désinformation, etc.

Pour Anders Samuelsen « Plutôt que de se relâcher et de regarder le monde comme il l’était dans le passé, nous devons réfléchir au monde tel qu’il sera dans le futur, peut-être comme il l’est déjà aujourd’hui ».

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